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Les chiens aboient, le Starfinder passe

Le gratin de la critique BD s'enflamme sur EGG, quelques jours à peine après sa sortie en librairies. Zak Thunder garde la tête froide.

EGG, revue de presse

Gilbert, Kevin et Biaze-Dredd (Tanibis Channel épisode 2)

Il n'est pas rare, entre deux relances d'huissier, de trouver dans notre boîte aux lettres, un courrier bien particulier : enveloppe souvent colorée — et parfois parfumée ! —, manuscrite, ornée d'un timbre d'une quelconque série thématique trahissant un léger penchant pour la philatélie… C'est le courrier de nos chers lecteurs.
Une autre des caractéristiques de ce sympathique courrier est qu'il déborde souvent de questions sur l'activité d'éditeur, sur les coulisses de la conception d'un livre… « Pourquoi ? », « Comment ? » et surtout… « Combien ? »
Toujours débordés — la passion est à ce prix — et préférant la discrétion à la gloriole, nous ne répondons que trop rarement.
Mais à l'invitation de Monsieur Biaze-Dredd du blog Les Comics et Biaze-Dredd, nous avons accepté de dire tout, tout ce que vous aviez toujours voulu savoir sur les éditions Tanibis, dans un entretien vérité que nous vous livrons sans pudibonderie.

Gilbert, Kevin et Biaze-Dredd

Action, Aventure, Amour, Animaux

Entretien avec les éditions Tanibis

Entretien initialement publié sur le blog Les Comics et Biaze-Dredd.

Biaze-Dredd : Bonjour ! Pouvez-vous vous présenter ? Pouvez-vous présenter les éditions Tanibis ?

Gilbert Pinos : Je m'appelle Gilbert Pinos et j'ai 67 ans. Je suis venu à la bande dessiné sur le tard, j'ai d'abord commencé ma carrière comme commercial chez un piscinier. Le business était rude mais à l'époque les gens avaient plus d'argent qu'aujourd'hui. Il y avait aussi beaucoup moins de bêtises électroniques, on jetait un peu moins ses économies par les fenêtres… Bref, j'ai vite compris comment fonctionnait une affaire et j'ai eu envie de me lancer à mon compte. J'ai commencé par vendre des autocollants à des hippies par correspondance. Ensuite j'ai fondé ma compagnie de vente en porte à porte en cosmétique. Je me suis bien amusé toutes ces années. Mais il y a 12 ans j'ai eu une attaque et ma femme et mon médecin m'ont dit de calmer le jeu. Je me suis lancé dans la bande dessinée car travailler pour l'industrie du loisir est plus reposant.

Kevin Van der Vleugeensprijck : Eh bien moi c'est Kevin. Je suis en stage depuis 2006 aux éditions Tanibis. J'essaie d'aider un peu Gilbert au quotidien. Il y a vraiment de quoi faire ! Au départ, Monsieur Pinos a édité surtout une revue, Rhinocéros contre Éléphant. Il y eut peu de numéros (4 à ce jour), mais je crois qu'ils nous ont permis de faire nos premières armes et de nous tailler une solide réputation dans le milieu. Ensuite à mon arrivée, nous avons commencé à nous intéresser à des projets d'albums. Le premier a été Les Ombres blanches d'Hervé Carrier, suivi de Lowlife, d'Ivan Brun peu de temps après. Aux éditions Tanibis, on essaie de publier peu mais bien. On recherche des propositions qui sortent des sentiers battus. Les terrains balisés par les éditeurs jusqu'à présent sont si étroits… le domaine hors-piste est encore tout à fait à explorer. Il est peut-être infini. Nous irons là où les autres ne sont pas allés. On n'a pas peur de prendre des risques, quitte à aller dans le mur ! Comme en 2006 quand nous avons édité un recueil luxueux sur les mathématiques ou quand nous avons, il y a…

G.P. : Kevin. Kevin, du calme. Du calme.

K.V.D.V. : Pardon, je m'emballe. Désolé.

B.D. : Vous avez publié deux comic books d'Eric Drooker (Flood ! et Blood Song). C'est un artiste que j'aime beaucoup et que j'ai découvert grâce à vous. Néanmoins, ses histoires, de par leur présentation, sortent de l'ordinaire. Cette particularité (absence totale ou quasi totale de textes) doit représenter un risque en ce qui concerne les ventes. Les comic books ont-ils marché ? Quel accueil ont-ils reçu ?

G.P. : Vous savez, j'ai constaté dans mon entourage proche que peu de gens lisaient des comics… ou même des livres. Je me suis dit pourquoi ? Comment faire pour que ces gens qui ne lisent pas achètent mes livres ? il y avait là un potentiel énorme à conquérir : le public qui ne lit pas. J'ai demandé à Kevin de chercher un livre américain existant avec peu de mots, sur l'internet. J'ai retenu Flood ! parce qu'il revenait particulièrement peu cher, du fait du peu de couleur qu'il demandait pour l'impression. Je me suis aperçu que les ventes décollaient légèrement, alors je n'ai pas hésité et ai publié Blood Song, qui ne comporte aucun mot. Mais je ne sais pas… ça n'a pas l'air d'avoir si bien fonctionné. Ça serait bien peut-être d'éditer un livre avec moins de dessins, et moins de pages la prochaine fois.

K.V.D.V. : Oui enfin, c'est-à-dire qu'il nous paraissait vraiment important de défendre le travail d'Eric Drooker. Malgré une certaine notoriété aux États-Unis (il travaille notamment pour le New Yorker et a collaboré avec Allen Ginsberg sur un livre), son travail prodigieux était très méconnu en France. Malgré – ou à cause de, si vous voulez mon avis – sa grande originalité. On aime beaucoup la bande dessinée muette. À notre sens, c'est dans ce type de narration que s'expriment pleinement les potentialités du médium : une suite d'images picturales fixes volontairement juxtaposées en séquence donnant à voir une émotion-information, provoquant une réaction esthétique. Et avec Drooker, c'est un choc. Les mots sont superflus. Une claque visuelle aussi cinglante que son constat est noir sur le monde contemporain. Tenez la façon dont il figure la ville : elle devient un personnage à part entière, la colonne vertébrale de ses romans graphiques. Organique, hypnotique, tentaculaire, mutante, refuge… elle devient aussi parfois froide, impersonnelle, cage…

G.P. : Kevin… tu ne vois pas que tu ennuies le monsieur ?

K.V.D.V. : Oui, oui pardon, pardon. Ah je m'emporte. Quelle était la question ?

B.D. : Y-a-t-il des comic books dont vous avez essayé d'acquérir les droits et que vous n'avez pu avoir ?

G.P. : En général, je ne m'adresse pas aux auteurs établis. Ils me demandent toujours exagérément trop d'argent. On connaît tous des gens qui ont un bon coup de crayon dans notre entourage… vous savez de ceux qui dessinent en classe par exemple… ou sur les nappes au restaurant… Quand j'en croise un je leur glisse une carte de visite dans les mains. Je leur propose une avance modeste pour un auteur, mais qui semble énorme pour un débutant, pour réaliser quelques planches, un livre. C'est gagnant-gagnant. À la fin il y a un livre, tout le monde est content. Et mes albums sont un tremplin intéressant pour tout ces gens-là. Pourquoi aller gaspiller de l'argent à démarcher des auteurs-stars, quand on peut éditer les mêmes livres, presque aussi bien dessinés ? Il faut être solidaire des jeunes talents après tout. C'est le cœur de ma démarche.

B.D. : Y-a-t-il des auteurs ou des dessinateurs de comic books que vous aimeriez avoir dans votre catalogue ?

G.P. : Oui, j'ai entendu dire par un de mes stagiaires qu'il y avait un livre qui marchait fort auprès des jeunes gens. Alors bien, sûr je ne connais pas le titre… à mon âge je ne lis plus ces bêtises depuis longtemps… mais la couverture est percutante il me semble. Ça parle de super héros qui sauvent le monde et de voyage dans le temps quelque chose dans ce genre. Mais vous savez je ne comprend pas grand chose à ce que baragouinent les auteurs de comics… je me demande souvent où ils vont chercher toutes leurs âneries ! Enfin si ça plaît aux enfants…

K.V.D.V. : Il s'agit de Watchmen monsieur Pinos. Le chef d’œuvre d'Alan Moore. On n'a peut être pas été assez réactifs sur ce coup. Mais il y a encore tellement d'auteurs à défendre. Il nous faudra encore quelques années mais vous verrez, un jour c'est nous qui éditerons Will Eisner, Robert Crumb, Jack Kirby, Alex Toth, Basil Wolverton, Jaime et Gilbert Hernandez… Ce n'est qu'une question de temps.

B.D. : Hormis le bus qui vient de sortir, avez-vous d'autres comic books en vue pour votre catalogue ?

G.P. : Pour le moment je ne vous cache pas mon inquiétude quand à l'avenir de Tanibis. J'aimerais offrir aux lecteurs quelques nouveaux livres splendides, mais les huissiers ne me laissent pas travailler convenablement. Il y a chaque jour de nouvelles menaces de mise en demeure et des traites surgies de nulle part à régler… Je vais vous dire, c'est réellement impossible de nos jours de faire son métier honnêtement. Il y a toujours quelqu'un pour vous mettre les bâtons dans les roues. On a même saisi mon téléphone ! Je suis obligé d'aller chez mes p'tit gars pour passer des coups de fils. Et eux sont priés d'éviter de dire trop forts qu'ils bossent pour moi… Ce n'est pas une vie. Notre prochain livre souffre d'ailleurs de ces restrictions, c'est un auteur argentin qui a revisité l'histoire de Pinocchio. Alors bien sur ce n'est pas un auteur américain… et Pinocchio a déjà été fait un millier de fois, mais bon… compte tenu de ma situation c'est tout ce que je peux me permettre.

K.V.D.V. : Oui… enfin… il s'agit de Lucas Varela. C'est un dessinateur hors-pair. Son dessin en remontre autant à Chaland et sa ligne claire qu'à l’expressionnisme de Mike Mignola. Son univers est complètement hallucinant : il nous propose un Pinocchio totalement sociopathe… Une sorte de cartoon dantesque. Lucas Varela est un Grand. Nous aurons également le plaisir de collaborer à nouveau avec Paul Kirchner. Ce sera une anthologie de ses travaux des années 70 et 80, reprenant notamment sa série Dope Rider. Je suis très excité par ce projet, je ne tiens plus. Bien sûr beaucoup d'autres auteurs américains nous intéressent, mais rien de décidé actuellement ! Ah et puis nous allons éditer la première bande dessinée entièrement imaginée et réalisée par un programme informatique ! C'est une première historique. C'est un jeune informaticien qui a développé ce programme pour une compagnie d'assurance je crois. Et de façon accidentelle, alors qu'il essayait de rendre son logiciel plus autonome, il s'est rendu compte qu’ il produisait des pages de bande dessinées ! C'est complètement fou. Nous tenons avec Tremblez Enfance z46 quelque chose de réellement jamais vu. Très étonnant.

G.P. : Oui enfin je ne sais pas si on va l'éditer hein. J'ai pas compris grand chose à ton bazar, là. L'innovation, c'est que l'ordinateur coûte moins cher en droits qu'un auteur traditionnel, c'est à dire, « humain ». Ou « vivant » si vous voulez. Ça c'est vraiment intéressant je trouve et avant-gardiste pour le coup.

B.D. : Si une personne souhaite sortir une bande dessinée, elle peut vous soumettre son travail. Comment sélectionnez-vous une BD avant de l'intégrer dans votre catalogue ?

G.P. : Si des jeunes nous lisent, qu'ils m'écrivent sans hésiter. Je demande toujours une trentaine de pages d'essais avant de me prononcer. Je les fais lire à mon entourage, aux gosses de ma sœur notamment. En fonction on peut choisir d'éditer le livre ou non. Il y a toujours une bonne dose d'instinct là-dedans de toute façon, il n'y a pas réellement de recettes. Cela dit j'ai un peu de bouteille et je conseillerai aux gens de s'assurer que leur projet comporte au moins un les 4 « A »: Action, Aventure, Amour, Animaux. Regardez les succès comics des 10 dernières années, ils comportent tous les 4 « A ».

B.D. : Je vous remercie de m'avoir consacré du temps.

G.P. : C'est toujours un plaisir de partager sa passion à la jeune génération. Puisse mon parcours les inspirer dans leurs choix de carrière. Et comme je dis toujours : « l'audace appartient aux audacieux ».

Betty and co

Quelques nouvelles de L.L. de Mars, avec tout d'abord deux nouvelles chroniques de Comment Betty vint au monde :

« (…) Drôle d’entreprise que ce saut très sûr dans l’inconnu : L.L. de Mars relègue ce qu’on nommera son devenir-Caniff (jamais aussi prégnant, peut-être, qu’en la page d’ouverture du Quelques prières d’urgence à réciter en cas de fin des temps paru chez Les Rêveurs) aux oubliettes, quand tant d’autres auraient/auront capitalisé dessus et mené avec des carrières qu’on dira brillantes. C’est qu’il faut démordre de ce qui tente (« colère lisible » pour « éditeur esthète » dira Betty) et, plus largement, se défendre de tout ce qui menace l’écoulement des possibles, la somme ouverte des devenirs. Échapper au trait qui séduit, fuir la précaution qui dissuade, pour que la bande dessinée elle-même ne devienne pas un piège à Betty. (…) »
Jérôme Le Glatin, Du9

« Tout comme Docilités, mais de manière différente, Comment Betty vint au monde cherche à ralentir le lecteur. Ailleurs, les signes et le sens s’organisent de manière claire et intelligible, on les embrasse d’un coup d’œil et on avance dans les pages, souvent confortable, jamais entravé, et si l’on décide de s’arrêter, c’est avec le luxe du promeneur qui choisi de poser son regard un peu plus longtemps sur tel paysage car tel est son bon plaisir. Ici c’est différent, les pages résistent d’abord, le paysage est turbulent, mouvant, il faut s’y arrêter de force et s’atteler à la lecture, elle ne se fera pas toute seule. Cette violence faite au lecteur n’est pas gratuite, et surtout elle va de soi, car si le livre demande un effort (et déjà c’est quelque chose de rare et d’appréciable en bande dessinée), on y consent sans difficulté tellement les pages sont dès le premier regard d’une beauté plastique à l’attraction immédiate. Alors on s’y plonge, on prend son temps et ce qui au départ pouvait passer pour un bouillonnement graphique insaisissable est en fait une redéfinition de ce qu’est lire une bande dessinée. (…) »
Carton, Enculture

Quatre pages dans le supplément BD du n°91 du mensuel CQFD :

L.L. de Mars, CQFD

Et enfin deux flims :

Le lit du maçon (premier film du laboratoire vidéo Élémarsons)

Pauvre coeur des hommes (réalisé pendant les 24h de l'animation à Bruxelles)

Les échos d'une ballade silencieuse

Quelques articles sur Blood Song (disponible en librairies depuis jeudi dernier) sont parus ces jours-ci. Ils sont signés Cecil McKinley pour Bdzoom, Mikaël Demets pour L'Accoudoir, ou encore Alexis Laballery pour Parutions.com. N'oublions pas la critique de l'édition originale américaine de l'excellent Jessie Bi pour Du9.

Eric Drooker, The New Yorker

En bonus, la dernière couverture de Drooker pour le New Yorker. On peut en voir d'autres ici.

Où l'on apprend enfin quelque chose…

… en lisant Libération.

Erik Loret (à moins qu'il ne s'agisse de son grand frère Luc Moullet ?) cause de Flood! sur son libé-blog-vidéo-pré-angoulême-post-moderne :



Son : Wozzeck de Berg par Boulez, 1966
Images : Ctiborsky, Masereel, Ward, Heckel, Perec & Queysanne, Breton et Drooker.

Échos

"Angoissant", "bouillonnant", "drôle", "échevelé", "élégant", "en mouvement constant", "en perpétuelle évolution", "enthousiasmant", "excitant", "extraordinaire", "fascinant", "féministe", "follement esthétique", "fluide", "frais", "insouciant", "libérateur", "liquide", "léger", "libre", "mystérieux", "novateur", "polymorphe", "polysémique", "pop", "psychédélique", "puissant", "sinueux", "surréaliste", "subversif", "symbolique", "trash", "vigoureux", "visuel", "vivant"…

"Évoque Mœbius, Lewis Caroll, David B., Joost Swarte, Jim Woodring, Dave Cooper"…

"A lire en écoutant Patti Smith", "à lire en écoutant Pink Floyd"…

C'est ce que les gens disent au sujet de Miss Va-nu-pieds… On pourra nous croire sur parole, ou bien — si l'on n'a rien de mieux à faire — vérifier scrupuleusement en parcourant la rubrique "échos" correspondante de notre site web

Miss Va-Nu-Pieds